Newsletter

Chapitre 4 – L’île d’Åland et Husö – Ocean Fact

Accueil » Chapitre 4 – L’île d’Åland et Husö – Ocean Fact

Chapitre 4 – L’île d’Åland et Husö – Ocean Fact

This entry is part 4 of 11 in the series Nouveau départ

Chapitre 4. 9 Septembre 2016 – Une saison à Husö.

Arctic tern, Sterna paradisaea

Sterne arctique – Husö – Île d’Åland – Mer Baltique – Été 2016

Credits: © Pierre Olivier – Ocean Fact

Voilà, la saison d’échantillonnage est terminée. Il est grand temps de vous donner des nouvelles. Vous avez sûrement remarqué que j’ai été très absent des réseaux sociaux cet été. J’ai passé deux mois et demi sur l’île d’Åland au milieu de la mer Baltique. Pourquoi ici exactement ? Il se trouve d’une part, qu’Åland abrite une assez large diversité d’espèces (pour la Baltique, ce qui est assez faible comparé au reste du monde), aussi bien terrestres, lacustres que marines au niveau côtier ; d’autre part, on y trouve la station de biologie marine de Husö. Si tu veux passer le postulat scientifique qui va suivre, rends-toi directement à la section IV.

I – Mon réseau trophique

L’essentiel de ma thèse est de construire un nouveau type de réseau trophique. Mais là, je vous sens perdu. Si on décortique cette appellation « réseau trophique », on a : (i) réseau qui dans ce sens signifie « relation » (comment un groupe d’amis est connecté à un autre groupe d’ami, quels sont les relations en commun… etc) ; et (ii) trophique, c’est-à-dire la nourriture. Pour résumé, un réseau trophique est une représentation des relations alimentaires entre espèces, en d’autres termes, qui mange qui au sein d’un écosystème. Ce réseau nous indique les flux d’énergie qui transitent d’une proie à un prédateur et comment cette énergie se propage d’espèce en espèce. Une version simplifiée dont vous avez peut-être déjà entendu parler est la chaîne alimentaire : une chaîne de relation linéaire qui retrace le flux d’énergie d’un producteur (une plante) jusqu’à un top prédateur (un prédateur au sommet de la chaîne alimentaire qui n’a lui aucun prédateur ; sans oublier les intermédiaires : herbivores, carnivores). Ce genre de représentation serait beaucoup trop simplifié pour retracer avec un semblant d’exactitude la réalité. En effet, dans la nature, à un endroit donné et un moment donné, il y a plusieurs producteurs, plusieurs herbivores, plusieurs prédateurs. Il y a donc de multiples chemins pour se rendre d’un producteur à un top prédateur. L’ensemble de ces chemins, l’ensemble de ces chaînes alimentaires forme le réseau trophique. Vous en savez un peu plus et vous commencez sûrement à imaginer que la collecte de ce genre donnée est fastidieuse. Vous avez besoin de connaître toutes les espèces présentes dans votre écosystème ainsi que leur régime alimentaire. Il ne faut pas hésiter à pêcher et collecter de nombreuses fois pour espérer échantillonner les espèces rares ou pour avoir suffisamment d’échantillon pour brosser un portait un tant soit peu correcte du régime alimentaire.

Archipel finlandais - Saaristomeri

« Virons de bord à la tombée de la nuit » – Archipel finlandais Saaristomeri. Île d’Åland – Credits : © Pierre Olivier, Ocean Fact.

II – Le régime alimentaire

Dans le cas des invertébrés, souvent de petite taille dans la mer Baltique, il est difficile voire impossible d’avoir une démarche empirique (basée sur l’observation). On utilise des indicateurs indirects que sont les isotopes stables ou les acides gras. Ces isotopes radioactifs se retrouvent en proportion décroissante de la proie vers le prédateur. Leur nature et leur proportion nous permet de tracer la source de nourriture et replacer le consommateur au sein de la chaîne alimentaire. Je reviendrais prochainement sur ce sujet dans un article plus détaillé. Dans le cas des poissons, nous utilisons les contenus stomachaux. En d’autres mots, nous regardons ce que contient l’estomac des animaux. Il suffit de les ouvrir, d’identifier les restes d’espèces en digestion dans l’estomac et de compter les différents individus, ce qui peut être assez fastidieux surtout quand en fin de saison vous obtenez plus de 600 estomacs de poisson.

Pour les âmes sensibles, vous pouvez passer le spoiler ci-dessous qui contient quelques photos des poissons que j’ai observés (morts évidemment).

Le chaboisseau à quatre corne - Myoxocephalus quadricornis

Myoxocephalus quadricornis – Credits : © Pierre Olivier, Ocean Fact

Le flet commun - Platichthys flesus

Le flet commun – Flounder – Platichthys flesus, Credits : © Pierre Olivier, Ocean Fact

III – La nouveauté : les traits

Il ne faut pas se le cacher, des représentations des réseaux trophiques en mer Baltique, il y en a des tas. La nouveauté de mon projet et qui devrait apporter pas mal de réponses à certaines théories en écologie (du moins, je l’espère) est de combiner l’approche des réseaux trophiques avec les traits des espèces. Les traits correspondent à chaque caractéristique d’un individu d’une espèce. Par exemple, nous mesurons sa longueur, sa masse, la surface des nageoires pour un poisson, s’il a une coquille pour un invertébré, s’il est mou, s’il a des protections, s’il migre, ou encore, où il vit dans la colonne d’eau. Nous pensons que ces caractéristiques influencent la structure du réseau (pourquoi telle espèce est liée à telle autre ? etc…) et peuvent nous renseigner sur la fonction des organismes au sein de l’écosystème (leur rôle et leur importance au sein de l’écosystème). En combinant ces deux approches, il est peut-être possible de comprendre comment la structure du réseau contribue au maintien des grandes fonctions de l’écosystème (ex : résilience), comment la perte de telle espèce peut détériorer la structure du réseau et entraîner la perte d’une fonction essentielle dans l’écosystème, par exemple.

IV – Un été à Husö

Passons à ce qui vous intéresse : comment je me suis occupé cet été. Hormis les longues journées d’échantillonnage entre vent et mer agitée, plongée et labo jusqu’à tard dans la nuit ; j’ai pu faire quelques balades sur la Baltique et l’île d’Åland. Bien entouré, en début d’été j’ai participé à la fête de la saint Jean (Midsummer en anglais ou Midsommar, en suédois) et la fabrication des couronnes de la saint Jean. Un événement assez important ici.

Néanmoins, l’expérience la plus atypique que j’ai pu expérimenter fut le sauna (un vrai sauna nordique avec une ventilation et une circulation de l’air). Je peux déjà vous dire que se retrouver dans un espace clos, nu bien qu’entre ami, à plus de 90°C, il faut l’avoir fait au moins une fois dans sa vie. Surtout pour se jeter dans la Baltique quelques minutes plus tard et créer un choc thermique à la surface de la peau d’une différence de presque 80 °C (oui, la mer Baltique est plutôt froide… ou le sauna est plutôt chaud, question de point de vue). J’ai eu l’occasion de pratiquer mon suédois, toujours aussi mauvais (néanmoins, j’ai commencé un cours pour débutant début Septembre et si le suédois vous intéresse et que vous maîtrisez un minimum l’anglais, le site duolingo est ce qu’il vous faut).

Midsommar på Åland - Fête de la Saint Jean.

Fête de la Saint Jean – Midsommar – Île d’Åland – Credits : © Pierre Olivier, Ocean Fact.

Deux jeux d’ici que vous vous devez de connaître :

  • Le mölkky (prononcé « meulku ») qui ressemble à un mélange entre la pétanque et le bowling mais avec des bâtons. Le but du jeu : dégommer des bâtons numérotés et obtenir un maximum de points. Cela paraît simple comme cela… mais en fait non.
  • Le kubb (prononcé … le u n’est pas vraiment prononçable par les francophones) qui ressemble à une pétanque et un billard, en équipe, avec un roi au milieu. Tout se réalise avec des bâtons que vous lancez en direction de l’équipe adverse, sans pour autant dégommer le roi qui est au milieu. La mort du roi en milieu de partie entraîne la perte de la partie (comme la boule noire au billard). Chaque équipe a plusieurs quilles placées devant elle. Le but pour chaque équipe est de dégommer les quilles adverses puis le roi (en très résumé). Les kubbs (les quilles) dégommés sont remis en jeux au-delà de la ligne centrale (délimitée par le roi) et doivent être dégommés par l’équipe qui les a perdus avant de pouvoir attaquer de nouveau leur adversaire. Des deux jeux, c’est celui qui demande le plus de stratégie et celui qui m’a le plus plu.

Bonus : (i) un lien DIY pour fabriquer son propre set de Kubb (en anglais mais les nombreuses photos devraient suffire, et si cela vous intéresse vraiment, laissez un commentaire et je tâcherais de traduire les instructions) ; (ii) plein de photos de gens qui jouent au Kubb.

Dernier gros évènements de la fin de saison que je suis obligé de détailler a été la Crayfish party (la fête de l’écrevisse). Chacun a eu son lot d’écrevisse et la soirée s’est arrosée à coup de snaps maison agrémenté de chanson qui vous invite à boire. Vous portez un petit chapeau au couleur du drapeau d’Åland ou arborant des écrevisses rouge vif. La soirée s’est finie en karaoké. Tout le monde était content et on en a oublié le mauvais temps. Je suis de retour à Turku mais bientôt, je me rendrais à Hambourg pour rencontrer des experts en réseau trophique. Je vous tiendrais au courant.

h party - écrevisse - fête - Pierre Olivier - Ocean Fact

Crayfish party – Credits: © Pierre Olivier, Ocean Fact

Il est temps de passer à la musique du coin.

Roxette – Listen to your heart

L’auteur de l’article.

Pierre
Pierre Doctorant - CEO Ocean Fact
Mes autres articles
Series Navigation<< Chapitre 3 – MARmaED: la force des programmes de doctorat – Ocean FactChapitre 5 – Hambourg 2016 – Miniatur Wunderland – Ocean Fact >>
2017-08-08T14:26:57+00:00 septembre 11th, 2016|Journal de labo, Pierre Olivier vous écrit, Vis ma thèse|0 Comments

Leave A Comment

%d blogueurs aiment cette page :