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Q&A – Fonte des glaces et nouvelles opportunités de chasse pour les prédateurs

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Q&A – Fonte des glaces et nouvelles opportunités de chasse pour les prédateurs

La fonte de la glace de mer augmente l’efficacité de la recherche visuelle de proies pour les prédateurs: un effet sous-estimé du changement climatique dans les écosystèmes marins en hautes latitudes

Quand la glace de mer aura complètement disparu, qu’adviendra-t-il de l’Arctique ? Tom Langbehn et son équipe ont apporté un semblant de réponse. Ils ont montré que la disparition des glaces va améliorer la recherche de proie pour les prédateurs visuels (c’est-à-dire qui chasse à la vue et non pas, par exemple, exclusivement à l’odorat).

Les précédentes études sur l’abondance des espèces dans les hautes latitudes et les changements de distribution de ces espèces sous l’effet du changement climatique ont jusqu’alors largement mis l’accent sur la disponibilité en nourriture et les changements de température. Dans un nouveau modèle connectant la physique à la biologie, publié dans Global Change Biology, nous quantifions comment la perte de glace de mer permettra d’améliorer l’efficacité de la recherche visuelle des poissons. Des conséquences écologiques et évolutionnaires pour les écosystèmes marins polaires pourraient s’en découler.

 

Un article par Tom Langbehn à la suite de la publication de son article scientifique.

À l’échelle de la planète, les habitats sont en train d’évoluer en réponse à l’évolution du climat. Cela mène et mènera à de profondes implications  pour les systèmes biologiques. Sans aucun doute, la plus grande transformation de l’habitat est actuellement en cours dans l’Arctique, une région se réchauffant plus rapidement que n’importe quelle autre région du globe. Les chercheurs prédisent que, pas plus tard que le milieu du 21ème siècle, l’océan Arctique pourrait perdre toute sa couverture de glace d’été – une transformation très radicale qui modifierait l’écosystème arctique tel que nous le connaissons.

Au-dessus et  sous la glace, de nombreux organismes polaires, des algues aux poissons, aux ours polaires dépendent de la glace de mer comme plateforme de chasse, de repos ou d’allaitement, comme un radeau, une matrice de croissance, un couloir de dispersion ou un abri. Par conséquent, le déclin et la perte éventuelle de la glace de mer sont directement liés aux changements dans l’abondance, la distribution, les rythmes et évènements saisonniers et l’interaction entre ces espèces.

Pierre ne vous contredira pas, les interactions prédateur-proie sont au cœur de la dynamique des écosystèmes. Chaque espèce est soit une proie ou un prédateur, et avec un très peu d’exception, elles sont les deux. Tandis que les prédateurs tentent de capturer leurs proies pour se nourrir, se développer ou se reproduire, les proies, elles, doivent à tout prix éviter d’être mangées pour survivre. La capacité d’apercevoir votre future repas ou votre ennemi est donc un point essentiel qui détermine l’issue d’une interaction proie-prédateur.

Le recul de la couverture de glace dans l’océan Arctique change fondamentalement le paysage sensoriel du domaine pélagique. Moins de glace de mer signifie que la lumière atteint des profondeurs de plus en plus importantes et éclaire des zones précédemment dans l’obscurité. En résumé, la fonte de la  banquise augmentant la visibilité (Fig. 1), ce qui à son tour profite aux prédateurs qui chassent à la vue, comme les poissons ou les oiseaux de mer.

Fig. 1: Causal link between climate-driven sea-ice loss, fish foraging and anticipated large-scale ecosystem transformation in a future Arctic Ocean. Credits: Tom Langbehn.

Fig. 1: Relation de cause à effet entre une perte de glace de mer induite par le climat, la recherche de proies par les poissons et les changements écosystémiques prévus à grande échelle dans l’océan Arctique. Credits: Tom Langbehn.

Nous prévoyons qu’une fois l’Océan Arctique exempt de glace pendant l’été, les poissons pélagiques semblables aux harengs pourraient être 16 fois plus efficaces dans la recherche de leur nourriture, en considérant leurs proies soient suffisamment abondantes. Cela semble bénéfique pour ces prédateurs. Cependant, cet avantage sera limité à l’été. En effet, la nuit polaire reste sombre, quelle que soit la perte de glace de mer ou non. Cette saisonnalité favorisent les espèces migratrices. Beaucoup de poissons pélagiques sont des nageurs rapides, se déplaçant en banc et adaptés aux migrations à longues distances. Ces traits feront probablement d’eux les grands gagnants de la disparition de la banquise. Le réchauffement de l’Arctique leur permettra d’étendre leur distribution vers le nord. Leur comportement d’agrégation en banc de poisson assurera leur sécurité – le nombre fait la force, même s’il n’y a nulle part où se cacher. Leur capacité à couvrir de grandes distances dans un court laps de temps leur permettra de faire des intrusions rapides dans les eaux de hautes latitudes pour se nourrir pendant l’été Arctique.

Étant donné le rôle central des poissons pélagiques dans le transfert d’énergie le long de la chaîne alimentaire marine de l’Arctique, les conséquences des changement dans leur capacité à rechercher de la nourriture pourraient se propager à l’ensemble du réseau trophique. Ceci pourraient avoir des conséquences encore plus drastiques sur toutes les facettes de l’écologie et de l’évolution, en particulier pour leurs proies.

L’amélioration de l’alimentation en été pourrait également faciliter l’invasion d’espèces distribuées au sud, comme des espèces boréales ou sub-arctiques avec des conséquences potentiellement désastreuses pour la communauté de poissons arctiques indigènes. Toutefois, la saisonnalité en terme de lumière augmente vers les pôles. En été, le soleil ne se couche pas, et en hiver, le soleil ne se lève pas pendant des mois. Trouver de la nourriture pendant la nuit polaire pourrait constituer un défi pour ces nouveaux arrivants. En effet, ils ne sont potentiellement pas adaptés aux faibles intensités de lumière qu’offre la nuit polaire. Si tel est réellement le cas, la saisonnalité dans la luminosité peut empêcher ces envahisseurs du sud d’établir des populations sur toute l’année dans l’océan Arctique.

Avec la perspective d’étés arctiques sans glace de mer à l’horizon, mais aussi à la fois les poissons et les flottes de pêche qui se propagent vers le nord, il est essentiel que nous comprenions et démêlions les mécanismes sous-jacents qui relient le changement climatique aux réponses des écosystèmes, tout ceci afin concevoir les futures stratégies de gestion.

Si vous souhaitez en savoir plus sur les capacités visuelles des poissons prédateurs  dans un Arctique sans glace, l’article complet est disponible en accès libre en anglais sur le site de l’éditeur. D’autres études pertinentes qui ont motivé cette recherche peuvent également être trouvées ici et ici.

Cette étude a été financée par le programme d’études doctorales MARmaED PhD Training Network.
Le projet MARmaED a bénéficié d’un financement du programme Horizon 2020 de l’Union Européenne en matière de recherche et d’innovation dans le cadre de l’accord de subvention n° 675997.
L’article a premièrement été publié sur le site de MARmaED.

This research has been funded by the MARmaED PhD training network.
The MARmaED project has received funding from the European Union’s Horizon 2020 research and innovation programme under grant agreement No 675997.

 

 

MARmaED - EU Horizon 2020 Marie Sklodowska-Curie Innovative Training Network
European flag

L’auteur de l’article.

Tom Langbehn (Auteur)
Tom Langbehn (Auteur)Doctorant en biologie marine
Ghada Souilah (Traductrice)
Ghada Souilah (Traductrice)Ingénieure de l'environnement marin
Pierre Olivier (Correspondant et traducteur)
Pierre Olivier (Correspondant et traducteur)PhD student - CEO Ocean Fact
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2017-08-19T11:50:12+00:00 août 19th, 2017|Questions réponses|0 Comments

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